#PayeTonUterus - Compétence, empathie et genre du soignant.


(Extrait de "Le patient et le médecin", Presses de l'Université de Montréal, 2014)

"(…) j’aimerais rapidement régler un compte à deux idées
reçues.

J’ai souvent entendu dire de certains médecins « Il ne
répond pas aux questions» ou «Il a un caractère de chien» ou
« Il est brutal » suivi de la phrase « mais il est compétent » ou
d’une de ses variantes : « mais il est sûrement compétent » et
« mais il a l’air compétent». Il est grand temps de faire un sort
à l’idée reçue selon laquelle un professionnel de santé dénué
d’empathie pourrait être compétent.

Il n’y a pas de compétence médicale sans qualités relationnelles
et il n’y a pas de qualités relationnelles sans empathie.
Un point, c’est tout. Le médecin qui ne m’écoute pas, qui
n’entend pas ce que je lui dis de moi, ou qui me traite avec
distance ou mépris, ne peut pas savoir qui je suis. Il ne peut
pas connaître mes préférences, il ne peut pas m’éclairer sur
ma situation, il ne peut pas comprendre mes choix.

Un chirurgien orthopédiste qui opère à la chaîne des
patients avec lesquels il n’a aucun contact n’est ni un soignant,
ni même un professionnel de santé, c’est une planche à billets.
Un neurologue qui assène froidement des diagnostics
de maladies dégénératives ou de tumeurs malignes est un
pervers. Un obstétricien qui déclare négligemment à la femme
dont l’enfant est mort à l’accouchement « C’est pas grave, vous
en aurez d’autres » est une crapule.

Et, dans mon esprit, les trois termes sont interchangeables.

Il ne s’agit pas de stigmatiser les mouvements d’humeur
éruptifs et occasionnels d’un soignant harcelé, harassé ou
ayant des problèmes personnels. Le burnout
peut frapper tous les soignants, et il se manifeste souvent par une irritabilité qui
peut passer pour de l’agressivité. Mais, sans s’attarder sur les
comportements insupportables (mais pas si rares) cités plus
haut, le refus de répondre aux questions, l’impolitesse, les
agressions verbales, le mépris, la surdité sélective, la dérision,
le dénigrement, la désinvolture et tous les manques de respect,
lorsqu’ils sont systématiques et quotidiens, sont toujours une
marque d’incompétence. Quels que soient les diplômes et la
notoriété de la personne en question.

Selon la seconde idée reçue (cruciale en ce qui concerne
la gynécologie), les femmes seraient « de meilleures médecins
pour les femmes » que les hommes. Or, ce n’est pas si simple.
Des travaux ont certes montré que le genre du praticien
entre en ligne de compte dans le choix et les préférences des
patients. De plus, les modes de communication employés par
les femmes sont différents de ceux qu’emploient les hommes,
ce qui influe sur le comportement du médecin, mais aussi
sur la perception que les patients (hommes et femmes) ont
du médecin.

Lorsque les femmes choisissent leur médecin, elles le font
sur des critères personnels variés, parmi lesquels figure parfois
(mais pas toujours) un double a priori : un médecin est un
soignant ; une femme sera plus attentive qu’un homme aux
préoccupations d’une femme. Étant donné la réalité de la
formation médicale en France, ces attentes sont susceptibles
d’être cruellement détrompées. De fait, les réseaux sociaux
abondent en témoignage de femmes cruellement déçues par
l’obscurantisme de leur gynécologue féminine, ou surprises
par la bienveillance de certains obstétriciens masculins. Car
l’attitude de chaque médecin découle en très grande partie,
nous l’avons vu, de ses traits de personnalité (les femmes,
comme les hommes, peuvent se sentir supérieures, être perverses
ou détachées), de ses origines sociales et des conditions
dans lesquelles il ou elle a reçu sa formation… de « docteur »
ou de soignant. Il n’est donc pas possible d’anticiper la « bienveillance
» (ou la compétence) d’un praticien à partir de son
genre. "

J'ajouterai que la seule constatation d'un comportement méprisant, maltraitant ou non-empathique de la part d'un médecin, homme ou femme, suffit à le/la disqualifier en tant que professionnel(le). Quand un médecin n'est pas un soignant, il ne mérite pas la confiance des patients qui ont affaire à lui. Il ne devrait même pas avoir d'activité de soin.

Martin Winckler/Dr Marc Zaffran

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