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Peine capitale. Pékin a diffusé vendredi les derniers instants précédant l’exécution de quatre meurtriers.

Par PHILIPPE GRANGEREAU De notre correspondant à Pékin

Les autorités chinoises ont diffusé vendredi, deux heures durant et en direct sur une chaîne nationale, les derniers moments précédant l’exécution de quatre étrangers condamnés à la peine de mort. Les suppliciés, un Birman, un Thaïlandais, un Laotien et un apatride, présumés trafiquants de drogue, ont été reconnus coupable du meurtre de 13 marins chinois en 2011 sur le fleuve Mékong.

Contrition. Tous quatre ont, l’un après l’autre, été exhibés devant les objectifs des cameramen et des nombreux photographes qui couraient en tous sens pour attraper le bon angle. Le premier d’entre eux, le Birman Naw Kham, chef présumé du gang, a été extrait menotté d’une cellule d’un commissariat de Kunming, escorté par des policiers casqués et les bras tenus par des officiers portant des gants blancs.

Face aux journalistes qui l’attendaient dans le hall d’entrée du bâtiment, le détenu a esquissé un sourire, avant qu’on ne lui ôte les menottes pour le ficeler avec une longue corde de chanvre brun. Le cordon a été savamment noué autour de son cou et de ses bras repliés dans le dos, afin de l’obliger à baisser la tête en signe de contrition. Puis l’escorte a mené le prisonnier ainsi soumis jusqu’à l’extérieur, où il a été vigoureusement poussé dans une camionnette d’exécution itinérante, spécialement aménagée pour administrer des injections létales. La funèbre mise en scène télévisée s’est arrêtée là, avant de se répéter pour les trois suivants.

«Tout s’est passé selon la loi, et seulement la loi», n’a cessé de répéter le commentateur de la télévision. Un point de vue qui n’est pas partagé par les juristes. «Exhiber ainsi des criminels condamnés à mort est proscrit par l’article 252 du code de procédure criminel chinois», a expliqué à l’agence Reuters Liu Xiaoyuan, un avocat du barreau de Pékin.

La Chine populaire a cessé de pratiquer les exécutions publiques dans les années 80. Jusqu’à leur abolition, les suppliciés, portant des pancartes avec leur nom barré à l’encre rouge, étaient exhibés dans les rues. Les exécutions, qui se comptaient à l’époque par dizaines de milliers chaque année, étaient le plus souvent pratiquées d’une balle derrière la tête, facturée 1 yuan symbolique à la famille du prisonnier. Mais souvent aussi, la mise à mort du supplicié avait lieu dans les hôpitaux, sous le scalpel du chirurgien prélevant les organes du condamné. Comme l’a reconnu plusieurs fois l’actuel vice-ministre de la Santé, Huang Jiefu, les condamnés à mort étaient, voilà quelques années encore, la source unique d’organes pour les transplantations. Désormais, assurait-il le mois dernier, les couloirs de la mort chinois ne fournissent «plus que 65%» des organes destinés aux transplantations.

Les procès publics ont quant à eux perduré jusque dans les années 90, avant que l’Etat ne juge ces pratiques dommageables à l’image de la Chine. C’est aussi pour polir son image que Pékin a commencé, voilà une dizaine d’années, à introduire les injections létales comme alternative à la balle dans la nuque. Le code de procédure criminelle fut aussi amendé pour protéger la dignité des condamnés.

Affront. Pourquoi alors les autorités ont-elles choisi de faire un bond en arrière en organisant vendredi cette sinistre parade médiatique ? Les meurtres des 13 Chinois par des étrangers ont été perçus comme un affront par la nouvelle grande puissance chinoise, qui s’est considérablement démenée pour traquer les coupables. Les autorités ont même songé à utiliser un drone armé pour les abattre dans leur repaire au Laos, avant d’envoyer un commando les capturer avec l’aide des autorités locales. Pour démontrer son efficacité et sa détermination, Pékin a pris le parti de laver l’outrage jusqu’au bout, et coûte que coûte.

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